Les chasses au trésor, ça te connaît !
Tu en as organisé une récemment pour l’espoir de tes vieux jours, avec énigmes, parchemin brûlé et coffre rempli de billets de banque que les enfants se sont arrachés en glapissant et en se griffant au sang alors que tu étais si fière de n’avoir pas perdu jusqu’à là les dix pour cent autorisés.
Ton chéri se fait également un devoir chaque semaine de cacher tes clefs de voiture et de subir dans la foulée une lobotomie pour oublier leur emplacement, afin de te permettre de passer trois ou quatre jours à retourner toute la maison en pleurant.
Mais la meilleure est quand même celle que ton aînée a décidé de préparer pour ton seul plaisir, en faisant ses yeux de chat potté “Oh ma Maman toi qui m’aime et qui ne veut que mon bonheur (tu aurais mieux fait de te défenestrer le jour où tu lui as sorti ça…), j’ai décidé d’accepter ta proposition de ne pas m’organiser un anniversaire habituel (= avec tout un tas de monstres qui courent dans ton jardin en arrachant tes fraisiers et en se servant des branches de tes bébés pruniers comme kalashnikov ET pour se taper dessus) mais que nous préparions à la place UNE PYJAMA PARTY!”
Pyjama party : regroupement de pré ados qui vont glousser en regardant des films de fille plein de baisers baveux, ruiner ton tapis ou leur matelas à coup de gloss écrasé et de fraises tagada qui vont laisser leur odeur écoeurante dans ton salon pendant des semaines, se provoquer des comas diabétiques en se gavant des bonbons susmentionnés et de saladiers remplis moitié de pop-corn moitié de sucre, et tout un tas d’autres joyeusetés que tu te refuses même à envisager.
Tu acceptes malgré tout toutes ces contingences avec un grand sourire que seul le plus habile observateur pourrait qualifier de crispé…
Jusqu’à ce que ta fille revienne avec des nouvelles du front (= les réponses des copines!)
“Houria ne pourra pas manger de bonbons si on ne lui achète pas des bonbons spéciaux. Donc faut absoooolument lui trouver des Haribou!”
Gne? Des haribo tu veux dire ma chérie?
“Non, non, des haribou, sinon y’a du porc dedans!”
Aaaaahhhh, des contrefaçons quoi…
Tu n’as rien contre le fait que la meilleure copine de ta fille soit musulmane.
Ou plus exactement, tu n’as rien contre le fait que ses parents le soient, puisque tu t’es déjà proposée d’enfermer dans un donjon sans clef (un peu comme ta voiture…) toutes ces personnes bien intentionnées qui se permettent sous prétexte d’éducation d’enfoncer profondément dans de petits cerveaux malléable (en même temps, ce serait moins facile sinon) des préceptes religieux quels qu’ils soient.
Par contre, autant tu avais prévu le coup du jambon à éviter dans sa pizza maison, autant les histoires de gélatine te passent loin, très loin au-dessus de la tête.
Ta fille pleure. Hors de question que l’une de ses copines soit privée de bonbons pour son anniversaire.
Tu soupires. OK, tu vas les chercher ses Haribou…
Personne ne connaît les haribou.
Il semble que tu sois le tout premier être humain à avoir eu l’idée folle de souhaiter acheter des haribou.
Même en t’enfonçant dans les méandres de quartiers inconnus de ta ville à la recherche de magasins musulmans dont même l’adresse est vendue sous le manteau, les haribou restent introuvables.
Le sans gélatine ils font, mais le haribou ils ne connaissent pas.
Mais ta fille a bien insisté : Houria ne mangera QUE cette marque car elle ne connait pas les autres donc n’a pas moyen de vérifier qu’ils sont autorisés donc ne les avalera pas donc pleurs de ton Emilie donc anniversaire gâché donc fillette qui jouera les martyrs pendant deux mois.
Au bout d’une semaine de recherches y compris internet (mais tu ne sais pas comment s’écrit ce nom, faut-il un clavier en arabe?) alors que tu es censée rester allongée et gémir au fond de ton lit, tu lâches l’affaire et tu es presque sur le point de faire imprimer des sachets “Haribou” pour les remplir de n’importe quoi, de toutes façons tant que la gamine ne s’en rend pas compte, hein, qu’est-ce que ça changera, de toutes façons si elle avait déjà mangé du porc elle saurait que c’est très bon, na !
Et puis d’abord quand on est difficile/allergique/soumise à des conditions religieuses, on se balade avec sa propre nourriture.
Tu informes ton héritière que tu es une mère indigne et que voilà c’est comme ça il faudra s’y faire.
Elle te répond que ah oui tiens au fait maman j’ai oublié de te dire, Houria a demandé à sa maman et en fait c’est bien ce que tu me disais, c’est “haribo” le nom des bonbons qu’elle a le droit de manger!
Si tu ne meurs pas de tes escarres, tu penses être bien placée pour l’arrêt cardiaque…